Si vous aimez être acclamés et qu'on scande votre prénom toutes les 2', si vous aimez vous goinfrer toute la journée sans prendre un kilo, qu'on soit tout chose avec vous, vous faire masser toutes les 2h, faire des nuits blanches, et boire du coca, le grand raid est fait pour vous.
Pour tout le reste, il est fortement déconseillé. Une tuerie. En tous cas si vous le faites dans l'esprit trail, une course en montagne...
Bon allez, en attendant les photos de nuit sur jetable, voici le récit de 44h30 de la mort...
D'abord aller retirer son dossard 2 jours avant à St Denis, une sacré épreuve avec les embouteillages, les heures d'attente (1 gars pour 250 personnes). Tout ça pour un tee-shirt.
Le jour même, tu attends le bus vers 22h et il arrive pas, alors tu demandes qu'on te conduise quand même. 1er pointage, vérification du sac, tu te mets près du départ à côté des vedettes (dont certaines abandonnerons, les nuls), t'essaies de dormir, il est 00h30. Départ 1h, une longue file de lampes frontales le long du littoral. C'est la plus belle image. Ils partent comme des fous. J'ai 15' d'avance au bout de 30' !!! Pourtant tranquille, mais porté par le flot, les lacets dans la route forestière sont vite avalés en alternant course et marche rapide. Premier ravitaillement avant d'attaquer la montée au volcan, directe, détrempée, accidentée. La montée est pénible car déjà des abandons, déjà des gens en difficulté, déjà des gens qui à la moindre variation de terrain s'arrêtent pour négocier la difficulté. 45' de retard arrivé en haut !, monté à une allure cool, souvent coincé derrière des files de 10 personnes et quelques fois prendre le risque de doubler par les bas côtés (100 aine de personnes). Traversée de la plaine des sables géniale malgré un froid porté par le vent. Pleins de ravitos. J'y passerai toujours au minimum 10-15'. Une fois à l'oratoire sainte Thérèse (à côté de laquelle je me fais une pause perso, alors que les conccurents qui passent se signent systématiquement). Descente jusque Textor plutôt rapide. Sur les 140 Km, à part autour de mare à boue, je courrai sur tous les plats et quelques descentes. Justement, me gagne une contracture sur le quadriceps gauche. Incompréhensible vu les efforts ménagés. De textor à Mare à Boue, descente en marchant, négociant chaque pas alors que je l'avais faite en courant à fond à l'entraînement. Arrivé à la route nationale je me demande si je ne vais pas devoir abandonner ! 30' plus tard, en marchant sur du plat ! Mare à Boue, 50 Km, 1er gros ravitaillement.

Le temps (météo) depuis le départ n'est pas terrible, douleur à la cuisse et pourtant 1h d'avance sur le temps prévu. Je décide de prendre une longue pause en compagnie de Joan et Guigui.

Changement de chaussettes. Premier massage. Le médecin démoralise (c'est bien si j'arrive à Cilaos). Apparemment 300 places de perdues. Puisque repartant en retard, je décide d'attaquer la longe montée Kerveguen, la douleur n'apparaissant principalement qu'en descente. Je fais un carton jusqu'au ravitaillement près du sommet du rempart de Cilaos. 2h30 de montée, il me semble

Les mains dans les poches, ça permet de s'économiser
Montée très boueuse, brouillard, et... tout à coup... en pleine jungle, au micro, "et bonjour à toi Sébastien, bienvenue à Kerveguen et félicitations, etc...". Les bénévoles tout au long du grand Raid sont extraordinaires. Gentils, disponibles, motivant... Le ravito du Kerveguen c'était le plus étroit, le plus froid, mais le plus génial. On verra avec le jetable.
Je négocie la descente vers Cilaos. Bien chauffée, la cuisse passe bien. Je fais d'ailleurs la 2ème moitié en trottinant (!) et mets moins d'une heure. Reste 30 minutes jusque Cilaos. Je suis en avance d'1h30. C'est bon signe pour faire moins de 40 h... ou me soigner !... Il fait froid (17h), massage de la mort par deux infirmières, je mets longtemps à me changer, me réchauffer, manger, et tenter de dormir 30' sous les tentes. Il fait noir, je repars. ça me réchauffe et je décide de suivre un groupe sur les longs lacets qui descendent jusque Cascade Bras rouge et d'attaquer dès le début de la montée (1h30 normalement). En super forme je laisse loin derrière les 10aines de personnes avec qui j'étais et arrive en 1h, peut être moins au pied du Taïbit. Ambiance sympa en bord de route avec feux, lits de camps le long de la route, bon ravito. En forme je tarde pas. Je décide d'attaquer doucement le Taïbit. Je n'en verrai jamais la fin. Le froid, le brouillard, les gens qui n'en peuvent plus. ça râle. Le plateau des fraises me paraît interminablement loin, idem pour le col. Erreur stratégique, j'enchaîne sur la descente, déjà très fatigué. Des gens devant moi, au ralenti qui descendent ces marches. Je l'ai déjà faite en 20' en courant. Erreur de les suivre, je vais user mes 2 quadriceps dans cette descente infernale, 1h je pense. Marla enfin, il fait froid, besoin de dormir (il doit être vers les 00-1h), pas de place, apocalypse, des gens dans des couvertures de survie partout dans l'herbe, alors que ça pèle. Nouveau massage, beaucoup de temps perdu au ravito, pas de place, pas savoir quoi faire. Je décide de repartir vers Roche-plate, sachant que c'est la partie que j'aime le moins avec le Taïbit ! Très mal aux 2 quads. Faut que ça chauffe. Au bout de 15', dans un sentier descendant entre les sapins, je quitte le sentier, me pose sur un lit d'épine, tête sur le sac, dormi 30' direct. Réveillé par un groupe qui descend (dans le noir complet c'est glauque). Je continue jusque Trois Roches c'est normalement pas trop dur, mais les quad font très mal. Petit ravito, mais rien pour dormir, je repars vers Roche plate, et là, suite du coup de bambou, je monte au ralenti et finirai l'interminable descente vers Roche plate en suivant une dame, à la limite de m'endormir debout à plusieurs reprises (!), arrivé explosé à la petite école. Petit ravito et encore pas de place pour dormir, juste une classe ouverte, quelques lits pleins, des gens à terre, un infirmier débordé. Je finis par trouver une chaise, la tête contre une armoire. Je dors 20-30'. Réveillé en sursaut avec une envie de vomir et très chaud. Je perds énormément de temps et ne me repose pas assez pour autant. Petit massage (à la biafine !!!). Lever du jour. Si je finis ce sera bien.
Montée vers l'intersection au Maïdo, c'est bizarre, mes jambes ont l'air d'avoir récupéré ! Je commence à attaquer. Incroyable... j'attaque la descente vers l'îlet aux orangers en courant comme un fou, je double, double et saute de bloc en bloc pour finir par la petite montée raide. Je décide qu'il me faut attaquer jusque de l'autre côté de Mafate. Selon l'heure on verra ensuite ce qu'il est possible de faire. Bien perdu 4-5 h dans cette nuit hasardeuse. En grande forme, mais en faisant attention à mes quads dont la douleur est toujours lointaine mais présente, je file jusque dans le lit de la rivière et là où j'avais galéré à l'entraînement, je remonte bien jusque l'école de Grand place. Je prends du temps au ravito. J'ai très mal sous les pieds, malgré mes 2 changements de chaussettes. Ce sera comme ça jusqu'au bout. Je suis dans la fameuse boucle décriée. J'enchaîne. ça monte, descend, etc, etc... Passe d'îlet en îlet pour arriver pile poil à l'heure prévue initialement à Aurère. Reste la P... de descente dans le lit, vers 2 bras. Difficile, mal aux pieds, bon temps quand même mais ça me casse. Je m'arrête au gros ravito de 2 bras. Gros massage, gros repas, je perds beaucoup de temps. Pas grave, ça me permet de monter à Dos d'âne en 1h28 !!! (j'avais fait 1h35 à l'entraînement en saquant comme un mort). Je me sens bien pour faire une perf, suffit de garder tout ça chaud et de continuer à bouffer, boire, etc... Montée sportive jusqu'au stade de dos d'âne.

Fait plaisir de retrouver la petite famille. Malheureusement, je ne peux pas rester trop longtemps étant donné le froid et mon super état de forme. Arrivé là, j'aurais pu manger des tas de fois : raisins secs, bananes, sandwich au jambon, au pâté, soupe vermicelle, pain confiture, sucre, oranges, saucisson, poulet, riz, pâtes, petits pains au lait préparés à la maison... et j'en oublie ! Mais en boisson : c'est eau, ou coca ! Heureusement que j'avais prévu 3 L de Cilaos (eau gazeuse excellente pour la récupération) sur tout le parcours.

Auto-massage (ici pas de kiné ni d'infirmière)

Après ce temps d'arrêt je pense faire une perf sur la dernière partie qu'on dit terrible. Il est 16h20, je n'arriverai plus de jour, mais certainement dans le temps que je m'étais projeté. Sauf qu'on m'a dit sur le parcours qu'il faut compter 6-7 h pour terminer !!!

Alors j'attaque à fond, je double du monde dans la montée, qui reste ma spécialité. Malgré 120 bornes dans les pattes et 1h de sommeil, envie de courir. On passe sur la crête entre le littoral et Mafate, c'est super beau. Je double un Dunkerquois d'origine (je l'ai vu à son nom). J'attaque toujours et me mets à courir dans une zone de plat, quand une douleur vive me tape sous la rotule gauche. Calmé le gamin. Tant pis, je continue en marchant et abandonne mon idée. N'empêche que j'enquille la montée du piton bâtard avec facilité et me retrouve à suivre un gars à l'accent qui n'arrête pas de se plaindre. Mais comme je veux éviter de courir... Puis un groupe fini par nous rattraper, une longue, très longue descente de marche herbeuses, j'en profite pour les suivre et laisser le râleur. On finit au ravito, soupe de carottes vermicelles excellente et pâté. Je pense encore pouvoir bien faire, il reste 13 Km, ça paraît peu, la nuit va bientôt tomber. Je pars en courant (!), pendant 3 Km, même pas mal, une route forestière. Il faut trouver le sentier qui part sur la gauche longeant la crête jusqu'au "Colorado". Et là... On est beaucoup, le sentier est étroit, glissant, en descente, des racines, des branches et en partie recouvert par la végétation, un calvaire dans le noir. Le premier qui crie pendant 1h30 je pense "racine", "branche"... interminable et impossible de doubler, en plus peur de se perdre, on y voit pas très bien. Je commence à râler aussi. C'est quoi d'abord le Colorado et c'est où ?!!, etc... Tellement chaud que je pense plus aux quads, mais fatigué... On finit à peu près ensemble sur une pelouse immense. Certains défoncés (les pieds, genoux...). Je ne reste pas longtemps au ravito, pas terrible, et puis il reste 5 Km normalement.
Pas super bien clair le chemin. C'est simple, une paroi inclinée, une fôret dessus, un chemin qui descend en lacet jusqu'au pont, à côté du stade. Sauf que... c'est hyper accidenté, étroit, des roches dans tous les sens, des feuilles, on voit pas très bien, c'est un cauchemar. Parti devant, je reste avec un gars jusqu'à l'arrivée. Je n'en fini plus de râler. On croise des gens dans le noir qui montent ! et nous encouragent ! et moi de répondre, ouais merci, c'est ça, reste combien..., encore ! mais c'est pas possible, y'en a marre, c'est une honte de finir une course dans ces conditions...etc.
On finira bien pas y arriver mais c'est une éternité, ça fait très mal, t'as la haine. Tu vois ce pont arriver, tu passes dessous, un mec pisse, la classe... quelques centaines de mètres et c'est l'entrée dans le stade. Même pas envie de sprinter, je pourrais pourtant, mais tranquille, ne regardant même plus les acclamateurs, je retrouve Joan et Wim à l'entrée du stade, laisse partir mon Gérard et fini la course avec Wimou dans les bras qui salue la foule en liesse. Même accueilli par le directeur de l'épreuve à l'arrivée qui se prend, "pas la peine il ne fera jamais de raid !"

Super événement, belle expérience, mais ça suffira je pense..... Au passage, mille remerciements à tous ceux qui m'ont encouragé, connus ou non, les indispensables. Spéchiauls Thanks à Nono, mon hooligan de supporter, c'est grâce, ou à cause de lui, que je me suis inscrit. Ah bah bien merci !

En 44h30, Wim aura eu le temps d'apprendre à se tracter à ses barreaux. Enfin presque

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